Scénario et dessin : Yoshiaki
Rai Rai Rai (Rairairai) est un manga toujours en cours de parution au Japon et qui a connu six tomes à ce jour aux éditions Shogakukan. Sumire Ichigaya, une exterminatrice extraterrestre, vit au jour le jour. Endettée jusqu'au cou et contrainte d'accepter des missions périlleuses pour payer des factures impossibles, sa vie bascule lorsqu'elle est enlevée par un OVNI. À son réveil, elle découvre qu'elle a été transformée… physiquement. Son bras droit a été remplacé par un membre extraterrestre massif, doté de sa propre conscience, de sa propre voix et d'une absence totale de filtre. À partir de ce moment, Sumire doit non seulement faire face à de dangereuses créatures spatiales, mais aussi à un parasite importun qui lui parle constamment, l'empêche de se faire discrète et l'entraîne dans un chaos qui défie toute logique.
Le manga Rai Rai Rai, de l'irrévérencieux Yoshiaki, débarque dans nos rayons comme un éclair venu de l'espace : inattendu, bruyant, grotesque et génial.Connu pour son précédent ouvrage, « Even Assassins Can't Kill BBA Today », l'auteur renoue avec son goût pour l'absurde et le marginal, en situant cette fois son récit dans un monde futuriste où les humains ont non seulement établi le contact avec des civilisations extraterrestres, mais se sont aussi habitués à vivre dans l'ombre des conflits interplanétaires. Un futur sordide, délabré, et pourtant, malgré tout, étrangement familier. Un cadre idéal pour une protagoniste aussi charismatique que désastreuse. Rai Rai Rai se présente comme un shonen manga atypique, privilégiant l'humour noir au récit d'aventure classique. Yoshiaki y dépeint un monde en ruines où précarité de l'emploi, exploitation et négligence institutionnelle sont monnaie courante. À travers le surréalisme, le manga aborde des réalités profondément humaines : la lutte pour la survie, le poids de l'échec, l'aliénation et le désir de trouver une certaine stabilité, quitte à affronter un bras extraterrestre hurlant qui veut dévorer vos collègues. Et c'est là l'une des dynamiques les plus hilarantes du premier tome : l'extraterrestre a non seulement un avis sur tout, mais représente aussi une sorte d'inconscient déchaîné, une voix intérieure qui ignore les normes sociales et les limites morales. L'interaction entre les deux donne lieu à des dialogues empreints de sarcasme, de sous-entendus et de situations loufoques, mais aussi à des moments où le manga égratigne avec acuité la solitude, la quête d'identité et le besoin de maîtriser son propre corps. Sur le plan narratif, le volume maîtrise parfaitement le rythme. Il alterne les moments d'exposition avec des gags visuels, des batailles chaotiques et des scènes du quotidien parfois déprimantes. C'est une véritable montagne russe d'émotions, oscillant entre le tragi-comique et le grotesque sans jamais perdre en cohérence. De plus, il sème les graines d'une intrigue plus vaste : un réseau d'exterminateurs aux motivations cachées, un complot autour du bras extraterrestre et une protagoniste qui commence à peine à découvrir l'étendue de ses pouvoirs. Visuellement, le style de Yoshiaki est brut, exagéré et parfaitement adapté à ce qu'il souhaite exprimer. Ses personnages ont des visages déformés, des yeux injectés de sang et des grimaces étranges, mais ils dégagent une humanité brutale. De plus, les scènes d'action sont imprégnées d'énergie cinétique, éclaboussées de substance extraterrestre et remplies d'explosions aussi disproportionnées qu'efficaces. Et pourtant, malgré tout cela, la mise en page est nette, claire et facile à suivre.
VERDICT
-
Rai Rai Rai est donc bien plus qu'une comédie absurde : c'est une critique déguisée en manga popcorn, une satire sociale enrobée d'un univers de science-fiction, et une lettre d'amour à ces anti-héros qui, même couverts de dettes, de bave extraterrestre et de sarcasme, se lèvent chaque matin pour continuer le combat.