La Disparition de Josef Mengele
Plate-forme : DVD
Date de sortie : 03 Mars 2026
Résumé | Test Complet | Actualité
Editeur :
Développeur :
Genre :
film
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


7/10

Réalisé par Kirill Serebrennikov.

Le criminel de guerre Josef Mengele ( August Diehl ), responsable d'expériences mortelles sur les prisonniers du camp de concentration d'Auschwitz, s'enfuit après la Seconde Guerre mondiale, d'abord en Argentine, puis au Paraguay et au Brésil. Ce nouveau film retrace l'histoire de sa fuite à travers l'Amérique du Sud dans les années 1950 et ses retrouvailles avec son fils Rolf Mengele ( Max Bretschneider ) dans les années 1970, selon deux temporalités distinctes.Durant la période Adenauer, Josef rend secrètement visite à son père ( Burghart Klaußner ) à Günzburg. Le riche homme d'affaires propose à son fils de revenir vivre et travailler dans sa ville natale, comme l'ont fait de nombreux anciens sympathisants nazis. Cependant, Josef craint d'être persécuté par les services secrets américains ou israéliens et poursuivi en justice. Il retourne à Buenos Aires, se remarie, rencontre d'autres nazis allemands, mais après l'arrestation d'Adolf Eichmann par le Mossad, il s'enfuit au Brésil. Une vingtaine d'années plus tard, son fils Rolf, qui a rompu tout contact avec son père et la plupart des membres de sa famille, se rend sur place. Il confronte son père et l'interroge sur ses actes inhumains passés.

Après * The Zone of Interest* de Jonathan Glazer , un autre film sur un criminel de guerre nazi sort sur les écrans. Le personnage historique de Josef Mengele a déjà été incarné, sous forme romancée, par des acteurs de renom tels que Laurence Olivier , Gregory Peck , Götz George et Ulrich Mühe . L'« Ange de la Mort d'Auschwitz » suscite un intérêt cinématographique et public oscillant entre fascination et dégoût. Le film du réalisateur russe Kirill Serebrennikov , exilé en Allemagne , se situe lui aussi entre ces deux extrêmes, et * La Disparition de Josef Mengele* s'avère ainsi une œuvre à double tranchant. Le film est adapté d'un roman d' Olivier Guez .D'un côté, Serebrennikov crée avec brio une atmosphère de paranoïa. Les images, en noir et blanc très contrasté, et la musique jazzy, empreinte de sonorités inquiétantes, contribuent à cette atmosphère pesante. Josef Mengele, tel un personnage fantomatique de film noir, arpente les rues chaotiques de Buenos Aires, coiffé d'un chapeau, vêtu d'un imperméable et de lunettes de soleil. Il soupçonne chaque inconnu, même les domestiques argentins, de le trahir le jour de son mariage. Il se méfie même de sa nouvelle épouse, Martha ( Friederike Becht ). Leur relation révèle aussi la rapidité avec laquelle sa peur viscérale peut se muer en haine. Lorsqu'elle refuse de partir au Paraguay avec leur fils, il la bat sauvagement. Vingt ans plus tard, Josef Mengele reste le même homme odieux. Son fils Rolf, quant à lui, appartient à une génération plus jeune. Avec ses cheveux longs, il incarne la génération rebelle de 68, qui veut remettre en question et briser le silence de ses parents sur l'époque nazie. Les conversations avec son père sont extrêmement pénibles. Au lieu d'assumer ses actes, le père rejette la faute sur ses confrères médecins et va même jusqu'à croire qu'il a agi dans le bon sens en protégeant la santé de la population allemande.

La juxtaposition des deux temporalités fonctionne à merveille : la paranoïa de Josef Mengele apparaît comme une échappatoire à sa propre personne, et la conversation avec son fils le contraint à affronter les meurtres des prisonniers. En revanche, le principal défaut du film réside dans son traitement du passé par des images mièvres. La scène avec sa première femme au bord du lac et au lit est d'un kitsch affligeant et banalise un meurtrier de masse en le présentant comme un jeune amant. Les scènes du camp sont particulièrement troublantes : on y voit Josef Mengele et ses complices torturer et tuer des gens tout en souriant à la caméra Super 8. Comme dans * The Zone of Interest*, le point de vue des victimes est ignoré et, dans ce cas précis, doublement dégradé par le regard sadique de Mengele à travers la caméra.Il est sans doute impossible de réaliser un film sur une figure historique de cette envergure sans la diaboliser et l'humaniser simultanément. Serebrennikov ne parvient pas à résoudre pleinement cette contradiction. Mais il parvient au moins à dépeindre Mengele, à la fin, comme il le méritait probablement : comme un vieil homme fragile, assis seul dans un appartement délabré, continuant de s'en prendre au judaïsme autant qu'à l'Amérique, à la Russie, à la jeune République fédérale d'Allemagne et à sa famille. Il hurle à son fils, au visage, toute la haine qu'il lui porte.  August Diehl excelle de façon glaçante à incarner Mengele, jeune comme vieux. Il maîtrise aussi bien le regard malveillant et les accès de rage que la fragilité tremblante de la vieillesse. Josef Mengele n'a jamais eu à répondre de ses crimes devant un tribunal, mais finalement, consumé par sa propre haine, il languit seul en terre étrangère. Même son fils ne lui dit pas adieu à son départ. C'est l'ironie amère d'une vie tragique.

VERDICT

-

Le biopic retraçant l'évasion et les dernières années du criminel de guerre nazi Josef Mengele en Amérique du Sud est, d'une part, une étude de personnage poignante d'un homme qui tente d'échapper à sa culpabilité, mais qui échoue lorsque son fils le confronte aux atrocités commises à Auschwitz. D'autre part, malgré la performance remarquable d'August Diehl, le film ne parvient pas à résoudre la contradiction entre fascination et dégoût que suscite le bourreau. La photographie en noir et blanc et la musique, en revanche, créent une atmosphère de paranoïa saisissante.

© 2004-2026 Jeuxpo.com - Tous droits réservés