Réalisé par Nicolas Roeg.
En 1954, quatre des personnalités les plus célèbres des années 1950 se rencontrent. Pendant qu'une star de cinéma renommée et acclamée est occupée à tourner la scène culminante de son dernier triomphe cinématographique annoncé, dans une chambre du même hôtel où elle séjourne, le scientifique le plus célèbre du monde est sur le point d'être piégé par un sénateur beau parleur et obséquieux, à l'attitude faussement conciliante, qui suit la ligne obscurantiste du républicain McCarthy et veut que le brillant professeur révèle d'autres noms du complot qu'ils tentent de déjouer contre la menace communiste. Au final, ce sont deux personnes solitaires : lui, complètement absorbé par ses théories, peut-être déjà largement réfutées et prouvées, mais nécessitant des investigations supplémentaires ; elle, victime de la jalousie de son mari, champion du monde dans l’un des sports les plus populaires et suivis aux États-Unis.
« Insignificance », au sens d'insignifiant : ce qui est considéré comme sans importance. Tel est le titre original, à la fois beau et évocateur, d'Une nuit de réflexion, une œuvre quelque peu oubliée mais loin d'être mineure dans la filmographie de Nicolas Roeg. Une expérience singulière – comment pourrait-il en être autrement pour un film réalisé par le plus excentrique des cinéastes anglais ? Voici une expérience de pensée d'une finesse et d'une intelligence remarquables, où Roeg place sa femme, Theresa Russell, au centre de l'intrigue, dans le rôle d'une sosie de Marilyn Monroe. Dans un hôtel new-yorkais, quatre célébrités des années 1950 se rencontrent : Marilyn Monroe, sex-symbol, vient de terminer le tournage de sa scène mythique où elle pose en robe blanche sur une grille de métro. Elle croise Albert Einstein (Michael Emil), le génie lauréat du prix Nobel (« e = m × c² »). Le tristement célèbre chasseur de communistes Joe McCarthy (Tony Curtis), qui tenta de faire taire toute une génération d'artistes avec sa liste noire, et le défunt mari de Marilyn, Joe DiMaggio (Gary Busey), champion de baseball. Des dialogues percutants éclairent la biographie des personnages. Des coupes rapides (Roeg est monteur de formation) ouvrent de nouveaux horizons à l'imagination. Un moment fort du film est la scène où Marilyn explique la théorie de la relativité à Albert à l'aide de jouets et d'un ballon (« Elle l'a mémorisée ! »). C'est intéressant, spirituel et extrêmement amusant. En revanche, le coup de McCarthy porté à l'estomac de Marilyn est un choc, quoique probablement plus symbolique, même s'il laisse présager une fausse couche. Avant que tout ne soit englouti par une explosion de feu et de sang, Albert jette ses notes par la fenêtre. Le charme qui imprègne la magie de cette nuit laisse place aux découvertes personnelles et aux réflexions sur la célébrité et son impact durable : un tableau de Picasso accroché au mur représente une mère et son enfant, une montre de poche indique l'heure du largage de la bombe à Hiroshima, et le liftier (du « Vol au-dessus d'un nid de coucou ») médite sur le sens du monde. Rien de tout cela n'est dénué de sens, contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser. C'est un divertissement à savourer.
VERDICT
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Roeg crée une œuvre sur l'imaginaire américain. Un carrousel de visages, de copies et de surfaces, liquides et imperméables, qui, dans ses allusions constantes, semble ne mener nulle part. Ou peut-être, là où il mène, est-il totalement hors de propos. Ou, mieux encore, insignifiant.